Test de Dragon Quest XI : Les combattants de la destinée

La dernière fois que nous avons vu la licence Dragon Quest sur le continent Européen, c’était pour la sortie de 2 spin-off, le très bon Dragon Quest Builders (troll alerte !) un jeu comme Minecraft mais en mieux, ainsi que le très sous-estimé Dragon Quest Heroes 2 (troll alerte !) un Musô bien meilleur que le premier opus même si l’on vous dira le contraire. Pour notre plus grand bien, la série revient enfin à ses origines avec Dragon Quest XI. Celui-ci sort sur le vieux continent embarquant avec lui pas mal de nouveautés absentes de la version japonaise, afin de brosser dans le sens du poil tous les petits européens exigeants que nous sommes.

Dragon Quest XI

Son Goku, va te rhabiller !

Dragon Quest est une série devenue légendaire depuis son 3éme opus, créant l’événement sur l’archipel Nippon à chaque sortie d’un nouvel épisode. Bénéficiant en outre du character design de Akira « Dragon Ball » Toriyama qui apporte cette touche de fraîcheur et de naïveté à tout l’univers, en partie, grâce à son design des monstres et surtout celui du fameux Slime (Gluant en VF) devenu la figure emblématique de la série.

Mais malgré tous les efforts que fait la franchise et tout l’amour que portent encore les européens à la licence Dragon Ball (Dragon Ball Super… sérieusement les gars ???) , la saga Dragon Quest arrive tout juste à atteindre des ventes honnêtes sur notre territoire.

Dragon Quest XI   Dragon Quest XI

La série tente pourtant une nouvelle fois sa chance sur notre continent en y mettant les efforts considérables. Ainsi, un an après sa sortie japonaise, celui-ci nous arrive non seulement avec une traduction française à la hauteur mais également avec quelques ajouts non négligeables très loin des sempiternels DLCs cosmétiques.

On pourra toujours s’insurger en entendant les divers personnages s’exprimer dans un anglais parfait au lieu du japonais. Mais il faut rappeler que la version japonaise de DQXI ne dispose pas de doublage, juste de textes accompagnés des traditionnels sons minimalistes, en gros, des « bip bip » grave pour les garçons et des « bip bip » aigües pour les filles. Ainsi, de la même manière qu’avec DQVIII à l’époque, la version européenne dispose désormais de voix anglaise.

Dragon Quest XIMais ce n’est pas la seule adjonction apporté au titre, la seconde et la plus importante se nomme la quête draconienne. Celle-ci est en fait une sorte de mode difficile paramétrable, où il est possible de s’ajouter quelques handicaps afin de pimenter l’aventure.

Même si la plupart d’entre eux ne sont pas utiles pour profiter correctement du gameplay, comme par exemple l’impossibilité d’acheter des objets ou équipements ou encore l’incapacité de fuir, l’augmentation de la force des ennemis rend par contre ses véritables lettres de noblesses à la difficulté de la saga.

Dragon Quest XI   Dragon Quest XI

Car avant d’expliquer pourquoi Dragon Quest XI est un excellent jeu, parlons du principal défaut qui est sa relative facilité. Par conséquent, la possibilité de rendre les ennemis plus fort change drastiquement le gameplay et force à faire des choix stratégiques importants et d’agir avec prudence et réflexion lors des combats.

De même, chaque équipement ou objet découvert devient une véritable aubaine, car les combats plus difficiles donc plus long vous poseront des difficultés pour amasser de l’argent ou même faire du levelling. Oui, cela va vous forcer dans certaines conditions à faire du grind, mais c’est au final comme cela, que se fait un DraQue.

Dragon Quest XI

C’est dans les vieux chaudrons qu’on fait les meilleures potions

Le scénario de DQXI même s’il n’échappe pas à un certain classicisme inhérent à la série, utilise intelligemment les clichés vus et revus pour mieux vous la mettre à l’envers et ce, dés le début du jeu. C’est d’ailleurs à ce niveau que se trouve le tour de force de cet épisode, à l’opposé de la quête générationnelle de l’épisode V ou du génial monde des songes de DraQue VI.

Ainsi, le sauveur, l’élu ou plutôt « l’Éclairé » comme il est appelé dans cet épisode va se prendre des coups de Trafalgar à la chaîne dans le seul but de faire dire aux joueurs inconditionnels de la saga : « Bah merde, je l’avais pas vu venir celle-là ». Car oui même si le scénario du jeu tire de nombreuse fois sur la corde, c’est souvent pour mieux dissimuler d’autres surprises et de nombreux clin d’œil aux fans de Dragon Ball. Bien entendu les habitués des productions occidentales relayeront sans doute le scénario au rang de série Z pour Otaku pré-pubère et crieront à tue-tête que le scénario de Dragon Age, Fallout ou The Witcher, bah c’était largement mieux et plus mature. Pauvre de vous…

Dragon Quest XI   Dragon Quest XI

Comme pour appâter les nouveaux joueurs, on constate que d’énormes efforts de mise en scène ont été fait dans cet épisode. Certaines scènes reste naïves mais extrêmement touchante, on regrettera que les expressions du héros atteignent quasiment toujours le néant. Mais il faut rappeler que le personnage principal de la saga ne s’exprime jamais (à part dans les spin off DQ Heroes). La force de DraQue vient souvent en grande partie de la plupart de ses compagnons, pour Dragon Quest XI mention spéciale à Erik (Camus dans la version originale) et Sylvando (Sylvia en VO).

Certes, Dragon Quest XI est résolument oldschool, mais il se présente comme la meilleure porte d’entrée actuelle pour tous les joueurs qui ont toujours été tentés de s’essayer à la série. Techniquement les décors sont extrêmement jolies et colorés même si les animations sont un peu rigide, l’on se retrouve dans un JRPG avec des sensations « à l’ancienne » mais dans un enrobage actuel (semi-actuel diront les mauvaises langues).

Dragon Quest XILes aptitudes et autres sorts sont par exemple bien plus nombreux que dans les autres épisodes de la série mais surtout ces derniers s’apprennent bien plus vite et plus tôt. L’arbre de compétences appelé hexagramme est également inédit dans la série, celui-ci vient ajouter la particularité d’apprendre encore plus de pouvoirs à l’aide de point de compétences alors que vous venez déjà d’ acquérir de nouveaux sort en passant d’un niveau.

Ces derniers offrent forcément plus de choix stratégiques et également plus de possibilités de gameplay. Cela rend les combats très fun et très vifs dés le départ, bien que ces derniers reprennent le traditionnel tour par tour, avec les personnages visibles à l’écran (depuis DQVIII). Mais avec la possibilité désormais, de déplacer l’équipe sur le champ de bataille lors de son tour.

Dragon Quest XILe placement de vos héros par rapport aux ennemis n’aura absolument aucune incidence sur la puissance de vos attaques physiques ou magiques. En fait à part donner un peu plus de crédibilité au champ de bataille cela n’a strictement aucune utilité et vous aurez très vite fait de passer au mode de caméra classique dans les options, qui vous rapprochera des sensations de jeux des DraQue d’antan. Cela aura pour effet d’accélérer également le rythme des combats, une excellente chose lors des sessions de grind.

Tout feu tout flamme

La forge est également l’une des très bonnes idées de cet opus, chaque campement abrite une forge magique qui vous permettra de créer des objets à la condition d’avoir trouver la recette adéquate. Ensuite vous devrez sélectionner les endroits ou taper afin de remplir plusieurs jauges, sachant que vos coups seront limités. Si vous réussissez les armes et armures obtenus seront de bien meilleure qualité que chez le marchand d’armes du coin

Dragon Quest XI   Dragon Quest XI

A contrario, les compositions font parties des plus mauvaises que l’on ait entendu dans la série. Koichi Sugiyama en profite pour recycler de nombreux thèmes dont l’efficacité n’est plus à prouver. Mais nous aurions aimé une réorchestration au même titre que celle du fabuleux thème d’ouverture.

La traduction française est d’excellente facture mais toujours du grand nawak niveau adaptation des prénoms, comme si Erik était plus facile à prononcer (et plus stylé) que Camus ou Hendrick que Greig. Bref, on sent que la traduction est passé par la case US. Peut être qu’un jour le mystère sera révélé au sujet de cette étrange maladie qui pousse nos amis ricains à systématiquement changer les noms même lorsque cela n’est pas nécessaire, et surtout quand il n’est pas question d’occidentalisation. On se rappellera toujours de Shin devenu Jin dans Xenoblade 2, le WTF total.

Dragon Quest XIDe tous les épisodes de la saga, l’exploration n’aura jamais été meilleure que dans ce Dragon Quest XI. Le héros peut désormais sauter et utiliser certains ennemis comme monture, ou même emprunter le corps de certains adversaires mécaniques afin d’avoir accès à des capacités provisoires comme défoncer les obstacles, grimper les murs ou faire de supers sauts. Mais la meilleure idée reste le dash, absent de la version japonaise, la touche de dash est encore l’un des nombreux traitement de faveur dont nous autres petits européens avons bénéficié.

Cette action permet au héros de courir très rapidement (merci captain obvious) sans s’essouffler. Une bonne manière d’explorer un village en quatrième vitesse ou de refaire un donjon en esquivant les ennemis pour récupérer les coffres restants. Même si cela parait on ne peut plus banale, après 80h de jeu, vous serez heureux que cette fonctionnalité existe.

Dragon Quest XIVous pourrez également utiliser un cheval qui vous rappellera à chaque seconde que The Witcher 3 peut aller se rhabiller (LOL). Bien qu’aussi rigide qu’un canasson empaillé issu d’un Dynasty Warriors, votre étalon sera en tout cas très utile pour parcourir de longue distance et notamment pour éjecter les ennemis les plus faibles au cas ou le grind ne vous tenterait pas.

Au niveau de son exploration DQXI prend également une voie cher à mon petit cœur, celle se trouvant à l’opposer des open world et autres environnements bac à sable. Ce qui ne veut pas pour autant dire que l’univers du dernier Yûji Horii est restreint, mais disons qu’il est bien plus en adéquation avec un JRPG de l’ère 16-32 bits que l’on aurait converti totalement en full 3D, le tout pour mieux contrôler le rythme de jeu et la narration.

Dragon Quest XI   Dragon Quest XI

D’ailleurs vous aurez très tôt accès a divers moyens de transport afin de vivre cette aventure épique à une échelle encore plus grande. C’est notamment un véritable plaisir de constater le nombre de villes et villages présents dans Dragon Quest XI ainsi que leur très grande variété (les habitants de Yotto qui parlent en Haïku!) et les donjons sont loin d’être en reste et mettent parfois en avant des idées de gameplay inédites dans la saga.

Conclusion

Dragon Quest XI est un jeu d’une richesse éblouissante et d’une efficacité rare qui vous révélera encore des surprises de taille après avoir vaincu son dernier boss. Cependant Dragon Quest XI est bien plus que cela, il ne constitue pas seulement l’excellence en matière de JRPG, il est la réponse évidente, la clé de voûte à ce que doit être l’adéquation parfaite entre un jeu old school et un jeu actuel, là où de nombreux JRPGs ont perdu ce qui faisait leur valeur ou leur intérêt à la vieille époque.

Le dernier Yuji Horii est aussi bien un jeu pour les vieux cons grabataires biberonnés aux jeux vidéo depuis la 3eme génération de consoles, que celui d’une pléiade de nouveaux joueurs fans de JRPG. A la condition que ces derniers excusent un système de combat archi-classique, différent des RPGs à système, ainsi que des compositions tout juste passables, loin des orchestres grandiloquent des triple A actuels.

Dragon Quest XI représente simplement le souffle épique d’une aventure qui a acquit ses lettres de noblesse il y a maintenant 30 ans et qui, fort de son expérience, a su adapter son coté traditionnel aux jeux actuels. C’est une lettre d’amour faite à tous les fans de jeux de rôles japonais, tout simplement.

Les plus :

  • Une aventure épique
  • Une leçon de game design sans open world
  • Un bon scénario
  • Le système de forge
  • La quête draconienne
  • La seconde fin

Les moins :

  • Sugiyama Koichi pas très en forme sur ses compositions
  • Le héros est comme d’habitude le perso le moins cool du jeu

Note : 4,5 /5