Test de The Fall (épisode 1) (Wii U)

The Fall

Avec un débarquement forcé sur une planète inconnue et forcément hostile, The Fall (La chute) propose de suivre le premier épisode ­– sur trois de prévus – des mésaventures d’une IA qui va tout faire pour sauver l’humain qui se trouve dans la combinaison spatiale qu’elle contrôle. Énième projet Kickstarter (réussi !), The Fall est donc le bébé du Canadien Over The Moon et présente ici un premier épisode (pour une dizaine d’euros) très sympathique avec un cliffhanger particulièrement classe et réussi.

Perdu dans l’espace

The Fall

Lampe torche ou pistolet : il faudra apprendre à switcher rapidement de l’un à l’autre. 

La chute. La chute est brutale et inéluctable. L’espace semble être votre tombeau mais vous chutez vers une planète qui ne semble à rien de connu. Après un atterrissage en catastrophe, la moitié des fonctionnalités de votre combinaison spatiale sont inactivées suite au choc. Pas de chance. Il va donc falloir progresser, découvrir où vous avez atterri et récupérer toute l’étendue de vos facultés. Dans The Fall, vous ne contrôlez pas vraiment un personnage mais plutôt l’intelligence artificielle de la combinaison (bon, au niveau du contrôle, ça ne change pas grand chose, de fait). Ainsi, vous faites rapidement connaissance de la charmante, mais néanmoins froide et rationnelle, ARID. Votre mission sera la suivante : il va falloir se dépêcher de trouver une unité médicale sur la planète afin de pouvoir porter secours à votre hôte qui se trouve dans un état particulièrement critique.

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En réalité, les décors à la « Limbo » sont surtout présents au début de l’aventure. 

The Fall est un projet du Canadien John Walker, passé par la case Kickstarter, fréquemment empruntée pour les projets les plus loufoques, mais néanmoins entièrement cohérent… et The Fall en fait naturellement partie. Financé à 38 000 dollars (pour 17 000 dollars « seulement » demandés), The Fall a tapé dans l’œil de Nintendo puisque après la version PC, c’est la Wii U qui en a bénéficié (il s’agit, par ailleurs, de cette version qui a été testée ici). Néanmoins, pas d’inquiétude pour ceux qui ne jurent que par les produits Sony et/ou Microsoft puisque le jeu a été également confirmé sur leurs plateformes respectives. Un portage multiplateforme amplement mérité pour un projet qui s’avère de grande qualité.

Un mélange des genres

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Jouer les robots domestiques ? Ce n’est peut-être pas votre mission mais il faut savoir s’adapter. 

The Fall se présente avant tout comme un plateformer. Mais pas un plateformer millimétré où le protagoniste est agile et rapide comme dans nombre de jeux indépendants punitifs et sadiques. En réalité, la combinaison de l’espace contrôlée par l’IA Arid se révèle particulièrement rigide. D’ailleurs, les premiers pas du personnage surprennent et on s’attend à subir un gameplay mal foutu tout du long. Si je n’irai pas jusqu’à dire que c’est le contraire, il faudra simplement s’habituer aux contrôles atypiques de The Fall. En effet, le stick gauche du pad permet de déplacer le personnage quand le second stick offre la possibilité d’orienter une lampe de poche ou une arme. Comme dans certains shoot’em up, les deux contrôles sont indépendants et il est possible de projeter son jet de lumière ou de tirer tout en marchant en arrière, par exemple.

The Fall

Si le jeu ne restera par dans les anales pour son visuel, le tout reste efficace et colle bien à l’ambiance. 

Mais si The Fall se la joue légèrement metroidvania en scrolling horizontal (l’influence n’est d’ailleurs pas anodine non plus mais le jeu vient puiser dans bien d’autres univers), Over The Moon a voulu y intégrer des éléments de point’n click. Ainsi, en visant des zones avec sa lampe-torche, des icônes apparaissent et peuvent être commentées ou analysées. En récupérant des objets, en les combinant, il sera possible de décoincer une situation complexe. Selon, John Walker, The Fall est un peu un hommage à Super Metroid avec une accentuation volontaire sur la recherche et les énigmes. Même si, à un moment, il sera possible d’utiliser une arme et qu’il y aura même des boss à vaincre, le problème de la rigidité apparente du gameplay deviendra rapidement le cadet de vos soucis tant le soft regorge de qualités, peut-être un peu tardive sur ce premier épisode mais qui n’augure que du bon pour la suite.

The Fall

Empruntant le minimalisme de l’informatique des années 80, les menus sont plutôt clairs. Ici, une liste de compétences qu’il faudra récupérer au fur et à mesure. 

Au niveau de la technique, il faut être honnête, The Fall n’est pas un canon de beauté vidéoludique (le moteur graphique utilisé n’est d’autre que le célèbre Unity). Camouflant certainement un rendu plutôt simpliste par un environnement très sombre, cette obscurité se justifie néanmoins entièrement. Ne serait-ce que pour la création d’ambiance (une planète hostile, des zones dévastées où l’électricité se fait rare, etc.). À ce niveau, certains le comparerons rapidement à l’indétrônable Limbo, autre succès de la scène indépendante mais aussi au plus récent The Swapper ou encore l’iconique Another World d’Éric Chahi. Pour ma part, j’y ai retrouvé une grande influence de la franchise Dead Space, de Visceral Games, dans cette progression sombre, inquiétante avec un personnage (presque) toujours affublé d’une combinaison aux multiples talents. Avouez qu’un mélange de tout cela fait presque rêver. Notons également la volonté d’en faire un jeu un peu rétro… non pas par son visuel mais par son interface résolument 80’s avec des lignes de commande austères et un écran-titre donnant l’impression d’être sur un écran à tube cathodique qui a particulièrement bien vécu. Et à ce propos, l’écran de jeu reste aussi minimaliste que le reste. Les seuls indicateurs à l’écran seront une jauge d’équipement de survie qui succédera à un bouclier. Le jeu ne se voulant pas punitif, ces deux données se restaurent au bout d’un certain temps. Ouf.

The Fall

Viser avec sa lampe torche est la seule façon de pouvoir analyser son environnement. 

Si le début de l’aventure est un peu mollasson, après une petite demi-heure de jeu, The Fall propose une narration qui s’enrichit dès lors qu’ARID rencontre une autre IA, responsable du site où elle se trouve, qui, avec le temps, a cherché à imiter les humains au niveau du langage. Pire, il en vient à se poser des questions existentielles mais aussi sur le bienfait des règles, etc. Ce premier épisode prend ainsi une tournure assez agréable qui pousse à guider la combinaison jusqu’à la fin. Naturellement, le côté point’n click est très prononcé, il faut donc avoir un goût certain pour ce genre de jeu. Si vous y adhérez, le jeu se révèle très efficace sur ce plan et profite d’énigmes claires et cohérentes. Bien sûr, cela suppose une analyse minutieuse de son environnement et d’inévitables allers-retours pour activer telle ou telle chose avec un objet bien précis.

Conclusion

Malgré un contrôle particulièrement rigide, The Fall fait oublier cette légère lacune en proposant crescendo un scénario plutôt original, très ancré dans l’univers de la robotique (coucou monsieur Asimov), des règles établies et de la prise de conscience de soi. L’ambiance accentue la solitude du personnage et l’oppression, régulière, plutôt bien rendue transforme l’expérience en quelque chose de vraiment intéressant. Premier épisode d’un triptyque, dont je n’attendais absolument rien, le cliffhanger donne à réfléchir et génère un réel désir de connaître la suite. Premier essai réussi, on est tombé, certes, mais on s’est majestueusement relevé. 

Les plus :

  • Une ambiance très classe et maîtrisée (passé les 20 à 30 minutes de jeu, le temps de s’habituer aux contrôles un peu étranges)
  • Une localisation française – seulement pour les textes – de grande qualité
  • Un premier épisode très sympa (sur trois, pour rappel)
  • Un cliffhanger vraiment original qui donne envie de connaître la suite
  • Un mélange point’n click et platformer très efficace

Les moins :

  • Une rigidité générale qui peut rebuter au départ
  • On ne connaîtra pas la fin avant la disponibilité des épisodes suivants
  • Une histoire qui prend un peu de temps à se mettre en place (entendons-nous, par rapport à sa durée : comptez 3 heures de jeu pour ce premier épisode)

Note : 4/5