Chronique jeu de société Devenez Mangaka

Nul doute que vous connaissez Japanimes Games, notamment pour son jeu de création d’histoires illustrées Cartooner. Don’t Panic Games et Ynnis Éditions proposent une initiative qu’on accueille agréablement, en adaptant son pendant manga par Jason Bradley Thompson alias Mock Man, Eric “Woof” Muentes (illustration des cartes) et Ike (illustration du livret avec l’auteur et de couverture), au nom encore plus frappant qu’un shônen nekketsu : Devenez Mangaka !

Devenez Mangaka

Avant que les pires, car oui parfois on peut parler de pires, dessinatrices et dessinateurs (à notre instar) ne fuient, attendez un peu ! Bien que ce JDS nous demandera d’obtenir un maximum de points de notoriété au gré des 4 manches, nul besoin d’un quelconque talent graphique. Évidemment, cela peut aider. Toutefois, comme dans les goûts et les ventes le démontrent notamment, les visuels ne font pas tout. Des œuvres très simplistes dans le domaine, sachant conter des histoires fortes, drôles, intrigantes… fonctionnent ! Et cela s’avère davantage l’aspect N1 de cette expérience ludique. En collant aux 3 obsessions (des thèmes) personnelles dont on sera affublé.e durant l’intégralité de la partie (sauf carte permettant un changement). Ainsi que les modes allant et venant, devant elles aussi s’intégrer à nos strips. Ces dernières varient au fur et à mesure des phases, par contre aucune ne survient sur la première. Amenant des tendances parfois complètement déjantées. Surtout que la personne les piochant et en défaussant une aux choix, aura l’opportunité de s’avantager et / ou mettre en difficulté un.e ou plusieurs adversaires. Pas systématiquement non plus, car rien n’assure que ces sujets lui conviennent.

Les manches augmenteront par ailleurs la quantité de cases sur notre planche : 2, 4, 6 et 8. Une progression contrebalancée, par le fait qu’au départ le duo d’emplacements s’avère très grand. Ceux du final étant donc très réduits. Ce qui peut ouvrir la voie à de grands environnements, savoir en montrer un maximum en peu de place, ou jouer avec ces tailles amples ou minces sans chercher à les remplir de partout… En revanche, il s’agira de toujours réussir à transmettre ce que l’on désire, en sus des contraintes, peu importe la quantité de cases et leur format. Ce qui s’avère très malin et à la fois on se rend mieux compte du travail des mangakas et assistante.s. Et plus encore en le livrant à temps ! Ici, pas de contraintes de la maison d’édition, mais un temps sur lequel on se fixera et jouera simultanément.

Devenez Mangaka

Pour notre manga, à titrer d’emblée en ayant réfléchi via notre trio d’obsessions, il sera obligatoire de remplir chaque case par au moins un dessin suffisamment compréhensible. Pas juste des mots non plus. Tout en sachant qu’on bénéficie de 3 phylactères par planche. Ce qui pourra aussi bien s’avérer un simple mot, qu’une discussion. La quantité de termes ne comptant pas. Ce qui n’est comptabilisé non plus, ce sont les bruits écrits. Vous pourrez donc y aller gaiement sur les plouf, bam, shploc shploc… Au terme de la durée impartie de chaque manche, on lit son ouvrage et bien entendu on conseille de le jouer pleinement ! Cela aide même à la compréhension de ce que vous écrivez et dessinez. Puis on procède collectivement à la distribution des jetons de notoriété, selon les consignes précédemment évoquées.

Des variantes prolongent et ouvrent l’amusement à davantage de situations. On peut par exemple aller au-delà de ces phases et ses durées, en partant dans un marathon. Ressentant plus que jamais l’activité d’un.e mangaka, devant terminer son épisode à la limite du bouclage. Ou encore ouvrir une session à davantage de 8 participant.e.s, en créant des équipes, pour un jeu coopératif. Mais il est également envisageable de s’y lancer en solo. Retirant les modes et nous demandant de marquer un maximum de points.

Devenez Mangaka

Les thèmes nous offrent de fantastiques dessins d’Eric “Woof” Muentes, donnant l’impression d’ouvrir les pages colorées spéciales d’un manga, voire d’en regarder l’anime. Elles nous placent par ce biais dans le ton. Mais à la fois on risque d’être gêné.e de n’atteindre un tel niveau.

Conclusion

Mettre le dessin et la narration à l’épicentre d’un jeu d’ambiance n’est pas commun. Et si de loin on pourrait craindre de se sentir mal à l’aise si on n’est doué.e artistiquement, on s’amuse autant qu’on apprend sur soi avec Devenez Mangaka. En osant se lancer dans des scénarios, en jouant la comédie… Des performances qu’on ne tenterait, pour la plupart d’entre nous, absolument pas en dehors de ce contexte. Soit des atouts très intéressants, allant au-delà d’un jeu de société.