Test de Far Cry 4 (Xbox One)

May 22nd, 2014 @ 00:32:17

On peut bien jouer la carte de la raillerie mais, il faut être honnête : depuis qu’Ubisoft a mis la main sur la licence Far Cry, elle a majestueusement perdu de son anonymat et de son côté générique. Mieux, cette saga fait l’éloge du fameux genre « open-world ». Après un tournant décisif avec un Far Cry 3 très apprécié, on retrouve ce Far Cry 4 qui quitte l’Océan Pacifique pour les bordures de l’Himalaya. Bienvenue dans un pays meurtri par les élucubrations d’un souverain autoproclamé. Entre histoires familiales, moralité cornélienne et espoir d’un futur que l’on espère radieux : ce nouvel opus joue la carte de la politique et de l’émotion.

Une histoire de famille

Far Cry 4 Pagan Min

D’emblée, le joueur tombe sur Pagan Min, le dictateur du Kyrat. S’il possède d’assez bonnes manières, il souffre également d’un penchant psychopathe prononcé. Droit de vie ou de mort sur le roi Pagan ? À vous de décider. 

Ajay Ghale avait pourtant un objectif simple : retourner au Kyrat aux abords de l’Himalaya et y disperser les cendres de sa défunte mère. Mais sans modification subite dans un programme bien huilé, il n’y aurait naturellement pas d’histoire. À peine arrive-t-il à la frontière que le jeune homme, débarqué tout fraîchement des Etats-Unis, se fait capturer par l’imprévisible despote de la région, Pagan Min. Ce dernier le connait plutôt bien, tout comme sa mère. N’ayant pas le temps de dire « ouf », Ajay se retrouve rapidement secouru par des membres du Sentier d’Or, un groupe de rebelles. S’il ne s’en rappelle pas, notre héros est né sur ces terres et sa mère, ayant fui une vingtaine d’année plus tôt, y a joué un grand rôle. L’un dans l’autre, le joueur apprend qu’il n’a d’autre choix que de répondre présent, de jouer au héros et de sauver, comme c’est souvent le cas, la veuve et l’orphelin. 

Trait pour trait ou presque

Far Cry 4 Himalaya

Si ce Far Cry 4 a de nombreux points communs avec son prédécesseur, on sera néanmoins d’accord sur ceci : la verticalité, la rudesse et la beauté de l’Himalaya valent, à elles seules, le détour. N’oubliez pas votre masque, l’air se fait rare. 

D’emblée, ce que l’on pourra reprocher à ce nouvel opus, c’est sa grande similitude avec son prédécesseur : le très agréable Far Cry 3. Pourrait-on imaginer une seule seconde qu’Ubisoft pensait déjà que son concept était parfait en 2012 ? Ou s’agit-il, tout bêtement, d’une paraisse généralisée dans le monde vidéoludique où l’on réduit au possible les prises de risque ? Si on peut légitiment être mitigé sur la question, il est à noter que ça fonctionne toujours assez bien. Sur une carte remplie de brouillard, le joueur va devoir jouer sur la verticalité du décor pour désactiver des tours radios afin de voir ce que propose la zone. Naturellement, Ajay Ghale aura le loisir d’annexer de nombreux avant-postes, et surtout de réduire l’influence de Pagan Min, et de se créer des points d’accès rapides, etc. On retrouve également l’appareil photo qui va permettre de marquer les ennemis afin de s’y retrouver dans cet environnement luxuriant, et bien d’autres choses. C’est tout ? Bien sûr que Non. Ce Far Cry 4 n’est pas tant la copie carbone que l’on pourrait craindre. D’abord, l’ambiance de cet opus est unique. L’Himalaya, à travers son écran, transpire ce mélange de sagesse, de danger et de grandeur. Si presque tous les personnages parlent français (dans le cas d’une version française, bien sûr), on retrouve ici et là des langages locaux et surtout une grande influence religieuse mixant l’hindouisme et le bouddhisme. Au niveau purement technique, Far Cry 4 propose des ajouts contextuels comme la chevauchée d’éléphant, de nouveaux animaux à chasser mais aussi des mercenaires qu’il sera possible de recruter en cas de coup dur. Enfin, un mode coopératif fait son apparition pour certaines missions.

Modernité sécuritaire ou héritage ancestral : le choix cornélien

Far Cry - Sabal & Amita

Tous deux veulent le bien du peuple de Kyrat mais leur vision de la paix et d’un futur sein n’est pas vraiment la même. Inutile d’espérer un terrain d’entente : il va falloir faire un choix. 

Telle une peluche étirée de toutes parts dans une chambre d’enfants trop gâtés, Ajay est sollicité par les deux représentants du Sentier d’Or : Sabal et Amita. Pas de chance, ils ne sont pas du tout sur la même longueur d’onde. Le premier est fortement orienté vers la survie de son peuple tout en maintenant à flot l’héritage culturel et historique du Kyrat. La seconde privilégie le progrès, au risque de gommer les valeurs ancestrales, et le futur pacifiste. Sans compter le fait que la position féminine d’Amita soit, dans ce genre d’endroits surtout, un combat quotidien. Il va falloir satisfaire l’une ou l’autre tendance. Gros point positif de ce volet donc : ce choix cornélien d’un combat que le joueur va naturellement s’approprier. Bien sûr, opter pour une philosophie ne va pas permettre d’apaiser son opposé. Far Cry 4 offre ainsi, d’apparence, plusieurs voies, qui ne sont pas forcément mauvaises mais qui donneront un résultat différent. Le jeu propose donc plusieurs fins et pas des moindres. Dénichée sur le tard, l’une d’elles, par exemple, peut clore le jeu en une petite vingtaine de minutes. Non, c’est pas un bug d’Ubisoft. Dans l’introduction, Ajay se retrouve à table, avec Pagan Min. Il lui explique qu’il connaissait sa mère et qu’il n’est pas le grand méchant qu’on veut faire croire. Si le Sentier d’Or est rapidement là pour empêcher le héros d’en « endurer » davantage, une petite attente permettra à Pagan Min de revenir pour le conduire là où il avait prévu de faire reposer finalement sa pauvre mère. Si ce n’est qu’un détail, c’en est un fameux car cela montre que les choix du jeu sont impactant et que l’on retrouve un soin réel apporté à Far Cry 4.

La claque passagère

Far-Cry-4-six1

Les tuk-tuks, ces tricycles thaïlandais utilisés généralement en guise de taxi, font partie des véhicules utilisables dans le Kyrat. Entre autres, en marquant une destination, il est possible de faire faire le trajet automatiquement à son moyen de locomotion.

Techniquement, Far Cry 4 (testé ici sur Xbox One) est très agréable. Agréable, mais parfois un peu irrégulier. Si les premières séquences nous donnent clairement l’impression d’avoir enfin mis les pieds dans la génération actuelle des consoles de jeu, soit, on s’y habitue très vite, soit le jeu propose un visuel qui n’est pas toujours très uniforme. C’est d’autant plus vrai quand on compare l’environnement de jour (le paysage dégagé montrant l’infinité de la chaîne montagneuse de l’Himalaya reste un délice grandiose) avec les passages nocturnes. Si l’environnement est riche et que les animations ne sont pas vilaines, on ne criera pourtant pas au génie. Soyons toutefois honnête : le passage à la génération actuelle (PS4 / Xbox One) a ceci de bon que la résolution bien plus élevée rend l’affichage beaucoup plus fin. Revers de la médaille : certaines textures sont un peu douteuses.

chasse far cry 4

Afin d’améliorer son équipement, Ajay aura besoin de partir à la chasse d’animaux. « The Man vs. Wild » à la sauce Far Cry 4 : le danger est permanent. 

Mais finalement, là n’est pas la vraie force de Far Cry 4. Ce qui sidère toujours autant c’est son monde très vivant. Qu’il s’agisse des humains ou des animaux, les éléments sont toujours en mouvement. De plus, ce Far Cry 4 est particulièrement généreux. À tous les niveaux. La carte, essentiellement composée de montagnes et de verdure, est suffisamment grande, suffisamment pour devoir rouler des dizaines de minutes avant de la traverser. Et, surtout, suffisamment pour ne pas rencontrer les fameux écueils des jeux dits « open world » où la grandeur de l’espace proposé n’est que rarement proportionnelle à la possibilité des choses à faire. Entre les missions à effectuer, les lieux à découvrir et les habituelles actions de défrichage de la carte, plusieurs événements ont lieu sur les routes empruntées.

Pour tous les goûts !

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Le choix d’armes de Far Cry 4 est tout bonnement incroyable. De la grosse artillerie aux équipements silencieux, Ubisoft propose autant de stratégie qu’il y a d’armes à disposition. Notons une nette préférence pour la très efficace arbalète (à équiper avec la lunette laser !). 

Si le genre FPS garde encore cette réputation de bourrinage intempestif, certains proposent également de la jouer tout en finesse. Comme le précédent épisode, Far Cry 4 permet de foncer dans le tas mais aussi d’analyser le terrain et d’éliminer au compte-goutte ses ennemis. À cela, force est de reconnaître que le catalogue d’armes est complètement hallucinant. Cela va des armes de poings, mitraillettes, lance-roquettes, lance-flammes à l’outillage plus silencieux comme l’arc ou l’arbalète. Le protagoniste peut également mettre des pièges en place avec des mines, etc. Autant dire que la stratégie peut être vraiment variée. Ensuite, qui dit « open-world« , dit, développement sur le long terme. Chaque action permet de gagner des points d’expérience qui vont permettre de débloquer des compétences. Classique. L’arbre de compétences proposé par Ubisoft ici est divisé en deux parties : la partie défensive (représentée par l’éléphant) et la partie offensive (de couleur orange, comme le tigre). Au final, on s’en doute, notre petit Ajay deviendra une machine à tuer.

Bis repetita…

Far Cry 4 clocher

Les clochers permettent, en plus d’un level design qui se veut plutôt varié, vous pousser à l’ascension afin de désactiver les outils de communication et de propagande de Pagan Min. Mais il faut avouer qu’à force, ça tape un peu sur le système.

Si on peut reprocher ou non à Far Cry 4 d’être un peu trop troche proche du précédent volet, ce n’est pas tant cela qui pourra être problématique. Aussi bon et jouissif soit l’expérience, c’est lorsque l’on se donne l’objectif de tout terminer à cent pour cent que l’indigestion nous guette (pour information : le solo, très raisonnable, dure environ dix heures en y allant tranquillement). Prenons l’exemple de la libération des clochers/stations radio. Hors le fait que leur ascension est différente à chaque fois, on retrouve la même mécanique, le même principe et surtout le même message de propagande (qui nous rabâche à répétition que la lumière de Pagan Min nous inondera). Une fois libéré, le clocher fait apparaître les lieux-dits et endroits intéressants de la zone. L’attaque des avant-postes est similaire aussi. Autre chose : pour améliorer son équipement, avoir plus de place pour les armes, etc., il faut chasser. C’est intéressant, au début, mais ça devient assez vite redondant. Néanmoins, ne faisons pas la fine bouche puisque l’environnement, les ennemis et les situations peuvent malgré tout varier. En revanche, Far Cry 4 ne se termine pas dans sa totalité le sourire aux lèvres malgré une qualité indéniable.

Conclusion

Avec Far Cry 4, Ubisoft reprend dans les grandes lignes la recette du troisième opus et offre, naturellement, un jeu très efficace, au riche contenu, avec une courbe de progression jouissive. L’Himalaya reproduit par le studio est criant de vérité et grâce à sa région, fictive si l’en est, l’on sent rapidement cet air vivifiant issu des terres montagneuses. Plus pensé pour le solo, le jeu n’oublie cependant pas les joueurs coopératifs et offre une alternative assez convaincante. Outre une redondance qui s’installe progressivement, Far Cry 4 propose des choix moraux, plusieurs stratégies d’attaque et un environnement vivant. Ainsi, celui qui voudra mener jusqu’au bout la quête d’Ajay Ghale devra s’accrocher. Malgré une prise de risque minimaliste pour ce triple AAA cuvée 2014, ce quatrième Far Cry s’avère finalement être le titre de fin d’année attendu. Le cahiers des charges est donc rempli.

Les plus :

  • Un pays fictif très réaliste et enivrant
  • Moins de bugs que prévu
  • Un gameplay très réussi aussi bien basé sur l’infiltration que sur le bourrinage
  • Un environnement très vivant
  • Des choix moraux
  • Et un mode coopératif efficace

Les moins :

  • Une certaine paresse par rapport aux nombreuses innovations du troisième opus
  • Les messages radios qui se répètent sans cesse tant que vous n’avancez pas dans l’histoire
  • Des quêtes annexes naturellement répétitives
  • Pagan Min, le grand méchant de l’histoire, qui ne se montre pas assez
  • Des chargements parfois un peu longs

Note : 4/5

  • Phoenixlechat

    Je monte la note à 4.7 / 5… J’ai pourtant joué au 3, mais là c’est nettement au-dessus ! Je ne suis pas en accord avec certaines remarques qui parlent de « répétitions ». Même la Grande saga Halo, même Starwars à ce moment là souffre de répétitions.
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