Test de La Terre du Milieu : L'Ombre du Mordor (Xbox One)

l'ombre du mordorL’ombre de Tolkien est encore bien présente au sein du médium vidéoludique. Monolith Productions, déjà à l’oeuvre sur le sympathique Gardiens de la Terre du Milieu sorti en 2012, retente l’exercice de l’adaptation en proposant au joueur de suivre la sombre destinée du rôdeur Talion, malchanceux de chez les malchanceux. Le pauvre homme perd sa vie, ainsi que celle de ses proches, et se retrouve maudit et interdit de séjour de chez les morts. En échange, il gagne une salutaire quasi-immortalité mais doit travailler en binôme avec un spectre Nazgul mystérieux qui lui confère des pouvoirs que l’on aime tant avoir dans un jeu vidéo. De quoi botter les fesses à la team à Sauron. Enfin, dans l’idée du moins. 

Un mal pour un bien…

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Pas le choix, il va falloir collaborer. L’accès au monde physique pour l’un et le pouvoir spectral pour l’autre : un cocktail plutôt intéressant. 

La Terre du Milieu : L’Ombre du Mordor a tout du jeu triple A. Tellement triple A que l’on a, d’emblée, un drôle de sentiment. En effet, il s’agit d’un sentiment de déjà-vu. Monolith Productions ne s’en cache pas réellement mais dément surtout tout plagiat comme a pu le dire l’un des développeurs d’Ubisoft. Le dénommé Charles Randall en était venu à reprocher un copiage/collage bête et méchant de code utilisé dans les deux premiers volets des célèbres assassins. On retrouve ainsi un soupçon d’Assassin’s Creed dans les péripéties de Talion. Mais ce n’est pas tout, puisque l’on retrouve aussi un peu de Batman (les excellents derniers épisodes à Arkham Asylum/City). En gros, tout ce qui se fait de mieux aujourd’hui au niveau des TPS. Est-ce vraiment un mal ? Ben, non, clairement. L’ombre du Mordor n’a-t-il rien de plus à nous proposer ? Nous allons voir.

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Si Talion peut galoper, il peut aussi avancer prudemment sans faire de bruit. Dans certains cas. La carte, pas aussi grande que l’on peut l’imaginer, permet néanmoins de ne jamais se perdre.

Talion est le responsable de la Porte Noire. Même si vous êtes nombreux à connaître le background de ce classique de Tolkien, contextualisons. La Porte Noire (Morannon en Sindarin, la langue des Elfes-gris) est l’accès principal dans le pays du Mordor. Ce sinistre paysage habrite des créatures peu recommandables tenues de main de maître par le Seigneur des Ténèbres Sauron. Le jeu débute par votre trépas et votre errance dans une dimension entre la vie et la mort. On vous propose d’ailleurs un tutoriel plutôt bien ficelé où les bribes de mémoire fournissent, à la fois, le b.a.-ba du gameplay et les motivations de Talion qui vont générer un leitmotiv guidé par la vengeance en bonne et due forme. La chance n’est visiblement pas avec vous car vous n’avez pas le droit d’aller vous reposer dans l’antre des morts. Un étrange spectre a besoin de vous et vous a donc maudit à l’instant même de votre passage vers l’au-delà. Mais le protagoniste n’en ressort d’emblée pas vraiment perdant.

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Grâce au spectre Nazgul, Talion va profiter d’artefacts permettant d’améliorer ses trois armes : son épée, son poignard et son arc.

Dès lors, Talion perd sa banalité d’être humain et bénéficie de compétences nouvelles, fantastiques, et, par extension, bien utiles. Il va devoir vivre en pleine intimité avec son hôte, lui offrant même un bouton dédié pour passer de la réalité à un monde spectral. L’intérêt ? Voir des choses que le commun des mortels ne perçoit pas. Cela va donc de points de téléportation qu’il va falloir activer (comme dans de nombreux jeux de ce type), à des traces de pas dont on pourra profiter lors de filatures ou encore à l’accès d’un arc mystique qui va permettre de lancer des flèches surnaturelles. Si c’est naturellement moins marqué au début, le fait de pouvoir jouer avec deux personnes en un va avoir un impact assez profitable. L’une des premières compétences que l’on gagnera sera d’ailleurs une série de coups enchaînés alternativement par Talion et le spectre, offrant une vitesse d’action plus importante. Au fil du jeu, vous pourrez progresser à la fois sur les capacités propres à Talion mais aussi sur les facultés du spectre…

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Si les combats sont plutôt intéressants et jouissifs, la caméra ne se comporte pas toujours de façon naturelle et peut s’avérer frustrante. 

La lutte des classes

La principale originalité de L’ombre du Mordor se situe au niveau de son système Némésis. Concrètement, chaque ennemi est unique et peut, le cas échéant, passer de son statut de soldat lambda à un statut hiérarchique beaucoup plus élevé (on notera à ce niveau une graduation comme suit : Uruk lambda, capitaine, capitaine vétéran, capitaine élite et chef de guerre, etc.). En effet, chaque Uruk se rappellera s’être battu contre vous. S’il vous bat, il s’en vantera et prendra du galon. Monolith Productions tente ici de proposer un système très vivant, original et basé sur des algorithmes très variés impactant la personnalité de chaque ennemi. Le Spectre a une nouvelle fois toute son utilité puisqu’il vous permet de sonder certains indésirables et d’en apprendre plus sur vos ennemis, plus hauts placés. Leurs points faibles, leurs défauts, leurs phobies… cela permet de simplifier et de rendre plus stratégiques les combats. Le but final ? Arriver à s’imposer au sein de ses ennemis et d’en faire vos alliés et de les retourner contre Sauron. Le jeu permet donc de prendre l’ascendant sur l’esprit étriqué d’un ennemi et d’en faire un camarade de jeu. Une technique qui s’avère rapidement vitale. Il est intéressant, par exemple, d’obliger plusieurs sentinelles à travailler à vos côtés. En cas de coup dur, ils peuvent devenir un sacré appui.

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Cœur du jeu, le système Némésis propose quelque chose d’innovant, de vivant, mais, à terme, d’assez convenu et de prévisible. Ne boudons pas notre plaisir, le jeu vaut avant tout le coup pour cela. 

Comme n’importe quel autre jeu, L’Ombre du Mordor propose des missions principales et annexes. Ces missions moins importantes d’apparence servent surtout à diminuer les forces de Sauron (ça tourne généralement entre l’interruption d’un festin, d’un duel à mort, etc.). Mais elles servent aussi à soulever le mystère qui entoure le spectre qui s’avère être un personnage de la mythologie bien plus central qu’on ne le pense. Ces missions permettent également de retrouver certains personnages connus du grand public, avec un respect du détail souvent effarent. À cela, contrairement à des titres concurrents, l’Ombre du Mordor rend certaines quêtes optionnelles, comme celles de la chasse avec le nain Torvin, vraiment intéressantes puisqu’elles offrent des compétences particulières qu’il est impossible d’avoir autrement. Au niveau des quêtes principales, c’est essentiellement basé sur de la castagne d’Uruks. Et il faut dire qu’on rechigne à voir qu’indéfiniment les exigences tournent autour de cette démarche. Bien sûr, c’est rigolo, et le déplacement discret et l’infiltration sont plutôt bien rendus. Mais on abandonne rapidement cette méthode et, le personnage se renforçant au fur et à mesure, on aura tendance à foncer dans le tas et à réduire en miette le groupe d’ennemis pour enchaîner sur le suivant.

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Ca tranche, ça coupe et ça écrase. Pas d’état d’âme : un Uruk, c’est vilain. Et de toute façon, si c’est pas lui, c’est indéniablement vous qui allez trinquer. 

Un premier essai convaincant mais redondant

Et on retrouve, de fait, les écueils de l’aîné d’une licence. On tente des choses, c’est bien, et on comble certains vides, ça l’est moins. Ainsi, tout ce que le jeu entreprend, il le réussi globalement mais… avec une évidente redondance. L’abondance d’ennemis est une des caractéristiques du jeu. Et si ce n’est pas une mauvaise chose en soi, les premières heures de jeu peuvent paraître un peu frustrantes à cause d’une barre de vie un peu juste qui demande de nombreux allers-retours pour ne pas se vider en moins de deux. Et surtout, pour ne pas faire plaisir à certains Uruks de les voir vous rire au nez quand vous les reverrez après avoir pris du grade. Si on s’attriste assez rapidement sur l’environnement du Mordor, les zones suivantes font varier un peu le paysage et offrent aussi un peu de verdure ainsi qu’un renouveau au niveau du dénivelé.

Conclusion

En conclusion, ce premier essai est plutôt convaincant. Le jeu ne sort pas vraiment du lot de par son gameplay assez générique mais on apprécie un titre de cette trempe sous le thématique du Seigneur des Anneaux, plutôt rare et donc notable. Dans un premier temps, on sera émerveillé par le très sympathique (mais finalement un peu limité) système Némésis et le visuel plutôt qualitatif. En revanche, on hurlera à l’injustice face à une répétitivité chronique et des combats parfois (pour ne pas dire souvent) frustrants de par des ennemis qui ne désemplissent presque jamais face à une cible. Reste un univers plutôt fidèle (sauf si vous connaissez le moindre recoin du travail de monsieur Tolkien), des têtes connues avec parfois leur voix que l’on reconnait et un level design plutôt efficace. La Terre du Milieu : L’Ombre du Mordor prend malgré tout le risque de venir rafraîchir le milieu des licences qui se renouvellent assez peu… une bonne pioche donc. 

Les plus

  • Un visuel plutôt agréable
  • Un relative fidélité à l’univers de Tolkien
  • Un gameplay évolutif et plutôt jouissif
  • La voix française officielle de certains personnages
  • Un système Némésis qui impressionne…

Les moins 

  • …. Mais dont on voit rapidement les ficelles et les limites
  • Bon sang que c’est répétitif
  • Un protagoniste un peu mitigé et manquant un peu de personnalité
  • Un premier environnement assez morne. Oui, bon, c’est le Mordor mais quand même !

Note : 4/5