Critique du manga Discours de la méthode – Je pense donc je suis

Dans la collection KuroSavoir de Kurokawa, place à René Descartes ! Discours de la méthode – Je pense donc je suis, nous place au sein de la vie du philosophe français. Mais Yûta Naha, sur une traduction de Vincent Zouzoulkowsky, ne l’exécute pas de manière classique.

Contrairement à Essai sur le Principe de Population, cet ouvrage ne se consacre pas (uniquement) à nous montrer des vies d’époque. Qui rappelons-le, le furent d’originales façons, car sous la forme d’animaux anthropomorphes. Ici, René Descartes voyage à travers le temps, en compagnie d’Hibouuuh. Un hibou que même les humain.e.s comprennent pour une fois ! Ou tout du moins, à ce que l’on en sait, celui que ce duo ira rencontrer. Le pure salarié japonais lambda, se laissant dominer par ses supérieurs. Le fameux salary man. Voire l’importune, car même si les informations à propos de leur installation chez lui reste dégainées de manière succincte, elles ont tendance à s’avérer hilarantes. Et si à notre époque on pourrait dire qu’ils se tapent l’incruste, cela leur permet tout autant d’analyser leur hôte et ses problèmes au travail, que de découvrir les jeux vidéo.

En vue d’enseigner sa méthode philosophique à notre jeune employé de bureau contemporain, qui n’y connait rien dans le domaine, la doublette lui propose une plongée en arrière, vers les plus célèbres philosophes. Enfin proposer est un bien grand mot… Le choix ne lui est pas vraiment laissé, d’être embarqué avec les 2 voyageurs, dans le passé. Bon, imaginez-vous à sa place. Salut nous sommes un hibou et un philosophe français qui parcourront le temps. Et nous allons t’apprendre la philo et même pas selon Philippe, mais selon René… Oui bien sûr messieurs. Attendez un instant, je vais me servir de cet appareil moderne qu’on appelle un téléphone, pour appeler de gentilles personnes vêtues de blanc. Elles vous emmèneront dans un joli endroit aux murs recouverts de coussins… SÉCURITÉ !!

Et ce n’est pas loin d’être la réaction de notre protagoniste. On se retrouve d’ailleurs clairement dans une atmosphère shônen dans de telles situations certes, avec l’humour qui s’en suit. Mais aussi dans des moments de joies exacerbées. Avec des dessins de réussite dignes d’un manga de sport ou un nekketsu. Des instants qui arriveront justement à ce jeune homme, qui jusque-là ressent sa vie comme morose. Un boulot où il ne peut s’épanouir, écrasé par les arrivistes, tandis qu’au niveau personnel, ce n’est pas mieux.

Mais aussi à Descartes, ceci dès sa jeunesse. Puisque sa vie sera retracée au public lambda qu’incarne leur nouvel ami. Avec ses grandes découvertes, le faisant pas à pas arriver à sa propre philosophie. Avec les règles qu’il s’impose, puis ses maximes. Dont il compte faire profiter celui censé nous représenter, afin qu’il puisse les employer dans son quotidien, pour mieux s’en sortir. Bien sûr, ce dernier restera généralement sceptique au départ, puis s’emballera rapidement à chaque nouvelle acquisition.

Une pensée de Descartes le laisse quand même davantage dubitatif, celle rabaissant les animaux au statut de machines sans sentiments. Heureusement, l’auteur au travers de Hibouuuh, atténue le propos. Ce qui n’empêche pas de notre côté d’affirmer clairement que Descartes, il en a raconté des idioties et qu’il ne faut donc pas prendre toutes ses idées ! En revanche sur le reste, vous verrez que de retour chez lui, notre employé réservé, appliquera certains conseils à sa sauce. Mais vous constaterez que s’il le fait pour le travail, l’intimité ne nous révèle aucune évolution. Le mystère planera…

Conclusion

Avec sa variante scénaristique fonctionnant tout aussi bien pour transmettre son message, Discours de la méthode – Je pense donc je suis réussit à allier les explications d’un domaine précis, à une narration accrocheuse. En vue évidemment de les faire couler plus aisément. Même s’il faut avouer que Descartes s’est trompé, car on ne peut évidemment douter de cette chronique !